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Pluriculturalisme au Quebec: la voix des auteurs allophones

By Den Toonder, Jeanette
Publication: Journal of Canadian Studies
Date: Sunday, October 1 2000

Les themes relies a l'exil et a la domination sont partout presents dans l'histoire de la litterature quebecoise. Malgre ce fait, les auteurs immigres sont trop souvent places en dehors de la tradition quebecoise. C'est que leur ecriture nuirait a l'homogeneite, et donc a l'identite, d'un groupe culturel

bien defini. A l'aide d'une etude comparative de plusieurs oeuvres publiees recemment par des auteurs allophones, je me propose d'etudier l'effet hon pas nuisible mais enrichissant du pluriculturalisme sur la litterature quebecoise. Les traits distinctifs de l'ecriture des auteurs allophones fecondent la culture quebecoise a un tel point qu'une tentative de redefinition de sa litterature semble essentielle.

Les themes relies a l'exil et a la domination sont partout presents dans l'histoire de la litterature quebecoise. Malgre ce fait, les auteurs immigres sont trop souvent places en dehors de la tradition quebecoise. C'est que leur ecriture nuirait a l'homogeneite, et donc a l'identite, d'un groupe culturel bien defini. A l'aide d'une etude comparative de plusieurs oeuvres publiees recemment par des auteurs allophones, je me propose d'etudier l'effet non pas nuisible mais enrichissant du pluriculturalisme sur la litterature quebecoise. Les traits distinctifs de l'ecriture des auteurs allophones fecondent la culture quebecoise a un tel point qu'une tentative de redefinition de sa litterature semble essentielle.

L'histoire relativement recente de la litterature quebecoise, fortement influencee par la colonisation et l'immigration, laisse presager un climat favorable a la naissance d'une nouvelle ecriture, soit celle des auteurs venus d'ailleurs. se rapporte donc avant tout a l'adoption du meme systeme linguistique. Paradoxalement, la citation montre que, meme si les auteurs immigres s'expriment en francais et qu'ils soulignent ainsi l'identite ethnique du groupe, leurs oeuvres Dans L'Arpenteur et le navigateur Monique LaRue propose une vision de la societe basee sur un <<monde heterogene, pluriel, divers et cosmopolite>>, a partir de laquelle la litterature quebecoise devrait etre redefinie. Cette opinion s'inscrit dans le <<nouveau cosmopolitisme>> prone par Regine Robin qui, elle-meme, est nee a Paris dans une famille d'origine juive polonaise, et qui aime se presenter comme <<allophone d'origine francaise>>.(1) Le terme de <<nouveau cosmopolitisme>> soulignerait l'identite pluriculturelle dans la langue francaise. Le personnage principal du roman de Robin publie en 1983, La Quebecoite, est une immigrante, une Juive qui, tout en faisant partie de la societe quebecoise, reste neanmoins autre. Elle sera toujours aussi etrangere, ce qui est signale par la lettre <<t>> dans le titre: on ne devient pas Quebecois. Ce sont notamment ce pluralisme du personnage ainsi que son appartenance a des cultures differentes qui se lisent dans les romans publies par les ecrivains venus d'ailleurs.

Dans le cadre limite du present article, je me propose de contribuer a la tentative de redefinition de la litterature quebecoise en distinguant plusieurs traits distinctifs qui m'ont particulierement frappe en cours de lecture. Dans la premiere partie de l'article, ces traits seront presentes a l'aide d'exemples textuels divers. Ensuite, l'etude comparative se concentrera sur des oeuvres publiees recemment par quatre auteurs allophones: Ying Chen, Abla Farhoud, Sergio Kokis et Dany Laferriere. Sans perdre de vue la specificite de chaque texte, je m'efforcerai de les relier en me fondant sur les traits qui peuvent etre consideres comme des caracteristiques communes qui transformant, fecondant et enrichissant la litterature quebecoise.

La vie en exil: marginalisation, silence, maladie

Loin d'etre une caracteristique exclusive des quatre oeuvres analysees ici, le rapport a la langue ainsi que la reflexion sur l'usage y constituent des aspects recurrents et puissants.(2) Le pouvoir attribue au langage est parfois meme considere comme l'unique obstacle a l'integration des minorites au Quebec. <<Car le seul probleme, au Quebec, c'est celui de la langue!>>, s'exclame l'un des personnages dans la tres courte piece Les Geignards de Marco Micone.(3) En defendant le francais jusqu'a l'extreme - surtout contre l'anglais - certains Quebecois menent une politique protectrice qui exclut quasiment toutes les influences exterieures. En meme temps, la <<plurilinguicite>> pose d'autres problemes qui, dans le domaine de la litterature, se refletent entre autres dans les rapports qu'entretiennent les personnages avec l'univers romanesque.(4) Dounia, narratrice du roman d'Abla Farhoud Le Bonheur a la queue glissante (1998), est originaire du Liban. Cette femme du troisieme age n'a jamais eu la possibilite d'apprendre a ecrire ni a lire ni a parler francais. La plupart du temps, elle s'exprime en proverbes arabes, car elle se mefie des mots, souvent trop abondants a son gout. Pourtant, le monde qui l'entoure attribue un role primordial a la langue, ce qui renforce encore plus sa mefiance. Il en resulte qu'elle parle de moins en moins, que, meme a la maison, elle s'abstient presque totalement d'utiliser la langue qu'elle connait.

Le silence est devenu total dans le cas du jeune protagoniste d'Un Sourire blinde du Sergio Kokis (1998), car le petit Conrado cesse de parler quand il n'a meme pas quatre ans. Son mutisme choisi ne s'effectue pas d'un jour a l'autre, il est plutot le resultat d'une periode bouleversante que vit l'enfant. Je reviendrai plus en detail sur ces deux exemples dans la deuxieme partie.

Si, d'une part, la langue est consideree comme un obstacle, voire comme une arme puissante de l'adversaire, elle represente d'autre part un instrument magique et seduisant remediant a la solitude, donnant lieu a l'imagination aussi bien qu'au souvenir. C'est justement la force creatrice de la langue qui nous mene au deuxieme trait distinctif, multiple celui-ci, car il relie passe, rememoration et invention. Dans l'ecriture des auteurs allophones, le souvenir du passe constitute l'objet de nombreuses reflexions et se presente sous des formes differentes. Il faut souligner que le passe n'est pas uniquement un moment qui a ete, des annees qui ont disparu, mais il est egalement un lieu lointain hors d'atteinte, l'espace des origines. Un espace que les personnages immigres aimeraient garder vivant dans leur memoire. En meme temps, revivre le passe peut etre une experience extremement douloureuse qui les empeche de trouver la paix. Ainsi, le pere du narrateur dans Le Figuier enchante du Marco Micone, habitant depuis quelque temps deja au Quebec, donne a son fils qui le rejoindra bientot le conseil suivant: <<Pour bien te preparer a emigrer, prends note de tout ce que tu n'aimes pas au village. Tu en auras besoin lorsque le desir de rentrer sera plus fort que tout>> (58). Le pere sait par experience que la memoire embellit la realite; au cours des annees les souvenirs evoquent une image idealisee du passe, ce qui rend encore plus douloureux et plus penible le present.

En etudiant la fonction de la memoire dans l'ecriture des auteursallophones, il me semble important de faire une distinction entre les personnages romanesques qui sont des immigres de la premiere generation et ceux qui sont nes en exil. Ceux qui appartiennent a ce dernier groupe n'ayant pas de souvenirs lies directement a leur pays d'origine, ils se font une image de la terre lointaine et inconnue a travers les histoires que racontent les parents (evidemment, dans le cas de la troisieme generation ce sont les grands-parents qui jouent un role primordial). Cette image est tres souvent completee par des objects, des personnes et des evenements inventes, de sorte que passe et imagination se melangent constamment. Realite et invention ne peuvent plus etre distinguees l'une de l'autre. Il en resulte que, dans la representation du passe et du pays d'origine, fait et fiction se completent. D'une part, ce melange attenue la douleur provoquee par les souvenirs et exprimee par les parents, d'autre part il peut remedier au present malheureux et dur. A cet egard, je cite encore le petit Conrado, car le sentiment qu'il exprime en dit long:

(...) ils souffraient tous dans ce pays froid que personne n'avait l'air d'avoir choisi. C'etait un pays de merde, ou la vie etait trop dure, ou les gens avaient une autre mentalite, ou personne ne savait s'amuser. (Un Sourire blinde 69)

Pour discuter le troisieme trait pertinent, je voudrais souligner le mot <<autre>> dans cette citation. L'enfant tient les gens de ce nouveau monde pour <<autres>>. Ce sont eux qui sont differents et, de son point de vue, il a bien raison. Pourtant, cette vision du monde differe de celle des adultes exiles, qui ont appris a se considerer eux-memes comme des etrangers, etant donne qu'ils appartiennent toujours a une minorite. Les immigrants ont pour ainsi dire incorpore le regard que le monde exterieur jette sur eux et la qualification d'etre autre colle a eux comme une seconde peau. L'opinion du petit Conrado est rafraichissante et douloureuse en meme temps, car il est indeniable que lui aussi se trouve dans une position marginalisee, malgre la verite qui se cache derriere ses sentiments. La marginalisation est omnipresente dans l'ecriture des auteurs allophones et il va de soi que les themes recurrents se rapportent a l'errance et a l'exil.

L'exil signifie avant tout la rupture: la vie en exil est une <<vie sans famille, sans amis et voisins, sans la langue familiere, sans identite>> (106), explique Emile Ollivier dans son autobiographie Mille eaux, qui se deroule d'ailleurs entierement a Haiti, son pays d'origine. Ce retour au pays d'enfance ne l'aidera pourtant pas a retrouver ses racines, ni a trouver le repos. Il y a trop longtemps qu'il a quitte le pays natal, la realite a laquelle il se voit confronte ne correspond pas aux images qu'il cherissait dans sa memoire. Pourtant, cette decouverte n'a rien de vraiment dramatique, car l'autobiographe se rend compte qu'il a l'errance dans le sang: <<Je suis donc fils de migrants et, en ce sens, ma migration ne date point d'hier>> (142).

Ce renvoi a la vie de nomade souligne l'experience de depaysement a laquelle l'exile ne pourra jamais echapper. Un bel exemple en est une des nouvelles d'Ook Chung, <<La Prison de cristal,>> publiee dans son recueil Nouvelles orientales et desorientees (1999). L'heroine, Fumiko, rentre au Japon apres trente ans d'exil au Canada ou elle a appris <<la pauvrete, les espoirs ravales et la dure realite de l'immigration>> (201). Pourtant, son retour tant espere s'avere etre une cruelle deception. Sa famille, qu'elle appelle toujours <<ses proches>>, ne l'accueille pas particulierement a bras ouverts et les retrouvailles accentuent la distance plutot que la proximite entre les membres de la famille. En plus, Fumiko comprend tres vite que la vie au Japon n'est pas meilleure qu'ailleurs. Sa niece, autrefois une pianiste prometteuse, <<avait mis ses talents en jachere pour se consacrer au service de son mari et de ses enfants, se pliant au moule de l'epouse japonaise>> (206). Elle symbolise tout ce que le personnage principal a voulu fuir il y a des annees. Vers la fin de la nouvelle, l'image de Fumiko dans la neige, attendant un taxi, nous apprend qu'elle est aussi desoriente3 dans le pays oriental qu'elle ne l'etait en Occident. Elle ne peut pas faire marche arriere, il n'y a pas de remede contre la solitude: il n'y a plus qu'a rentrer en cet autre pays de neige.

Ce sentiment de desorientation peut avoir des consequences fatales. Ceci se reflete dans le comportement des personnages romanesques qui supportent mal le deracinement. Ils souffrent des crises qui, dans le nouveau pays, sont trop souvent considerees comme une aberration qui doit etre combattue corps et ame. Ainsi, au lieu d'offrir son aide, la medecine occidentale detruit la vie des immigres les plus faibles. C'est que, trop souvent, ces inadaptes recoivent la marque de la folie. En les traitant comme des malades mentaux, les medecins expriment en fait l'opinion generale que ceux qui ne s'adaptent pas sont malades, voire fous. Le fils aine dans Le Bonheur a la queue glissante, d'Abla Farhoud par exemple, ne sera jamais gueri de sa maladie d'exil:

(...) parce que l'odeur de l'hopital s'impregne dans tous les pores de la peau. Se laver, vouloir une nouvelle vie, rien n'y fait. Trop de produits chimiques detraquent le corps et la tete. C'est pour la vie. (142)

Les medecins, et surtout les psychologues, sont fortement malmenes par plusieurs auteurs allophones; ils seraient plus interesses par leur propre promotion, par leur propre carriere, que par la sante de leurs patients. Ainsi, ils condamnent a la maladie les gens sur qui l'exil pese trop lourd.

Sur cette quatrieme caracteristique commune, celle de la maladie/folie, je voudrais clore la premiere partie, tout en etant consciente des limites de cet inventaire. Il est evident que les quatre traits presentes ici - qui peuvent etre indiques par les termes en couple suivants: langue/silence; memoire/ imagination; exil/etranger; maladie/folie - sont loin de representer les oeuvres entieres. Chacun de ces elements est, en plus, traite differemment selon chaque auteur individuel, dont le caractere exceptionnel est de la plus haute importance. Ceci dit, il me semble que, dans leur ensemble, les traits pertinents constituent un cadre utilisable pour l'etude comparative visee dans cet article. Ils presentent egalement un point de depart solide pour des recherches approfondies sur l'effet du pluriculturalisme et, par consequent, sur la redefinition de la litterature quebecoise. Dans la deuxieme partie de ce travail, les caracteristiques seront developpees a l'aide d'une analyse plus detaillee de passages pris dans Le Bonheur a la queue glissante (1998), Immobile du Ying Chen (1998), Un Sourire blinde du Sergio Kokis (1998) et Pays sans chapeau du Dany Laferriere (1999). Afin d'eviter une approche trop restrictive, je me laisse guider par les exemples textuels ainsi que par les liens entre eux, plutot que de passer en revue l'une apres l'autre leurs caracteristiques.

L'ecriture allophone: differences et ressemblances

Trahir ce pere qui venait de me trahir, le faire vivre dans la honte d'une fille sans mari et sans toit, j'en etais incapable. Je n'avais pas ete elevee pour agir de la sorte. Parce que ce pere, qui allait jusqu'a insulter la memoire de ma mere qui avait enfante une fille qui se laissait fendre la levre, nous avait appris a le respecter, a l'honorer, a respecter nos freres et notre mari, a dependre du soutien des hommes. Parce que ce pere et toute sa communaute d'hommes, et de femmes aussi, nous ont appris a plier, a nous taire, a ne rien devoiler, a tout endurer. (Le Bonheur a la queue glissante, 149)

Ce passage evoque le souvenir extremement fort de la trahison du pere que la vieille Dounia se rappelle comme si c'etait hier. Le pere meprise sa fille parce qu'elle se laisse brutaliser par son mari. Au lieu de la defendre et de la soutenir, il la maudit a cause de ce qu'il appelle sa faiblesse. Le sort entier de la femme dominee mais en meme temps abandonnee par les hommes se resume dans cette citation, qui explique egalement la soumission au destin et le soulagement de la mort.

Malgre la douleur que provoquent la plupart de ses souvenirs - ils se rapportent rarement a un sentiment de bonheur - Dounia ne peut pas echapper aux images qui suscitent les emotions d'autrefois dans toute leur violence. Comme pendant toute sa vie, elle se laisse encore ecraser par la douleur; elle revit et revit encore la peine, le mal, l'humiliation, la honte. C'est comme si, a la longue, le rabachage de tels souvenirs devait adoucir le chagrin du passe, de sorte que la vieille femme trouverait la paix a la fin de sa vie. Le veritable repos ne se presentera d'ailleurs qu'avec la mort, car <<celui qui est ne est pris au piege et celui qui meurt se repose>> (125). Ce proverbe libanais definit la vie de Dounia, une vie determinee par le destin qui est celui d'une mere exilee, sans formation, et dont la tache la plus importante est de donner a manger. Bien qu'elle se rende parfaitement compte de l'injustice qu'on lui a faite, elle n'est pas capable de changer ni meme d'influencer le cours de sa vie, elle est, comme elle le dit elle-meme, <<incapable de trahir le pere>>.

L'explication d'une telle situation semble evidente: le passe, les origines, les moeurs de son pays natal reduisent cette femme a un etre humain soumis, dependant. Il faut pourtant signaler les ressemblances entre la peur et la soumission decrites dans le roman de Farhoud et l'impuissance qui controlait le passe recent d'un grand nombre de Quebecois qui <<se sont montres craintifs, peureux, incapables de prendre en main leur sort, de risquer le tout pour le tout.>>(5) Malgre plusieurs mouvements de revolte, le groupe quebecois s'est trouve pendant longtemps en etat d'oppression a cause des conditions politiques et economiques qui leur etaient imposees:

Comme tous les vaincus, ils se sont resignes, ils ont eu peur des initiatives qui pouvaient mettre en question l'ordre etabli.(6)

Leur soumission etait egalement le resultat d'une domination. Comme le protagoniste du roman Le Bonheur a la queue glissante, ils n'avaient jamais appris a se rebeller contre cette situation.

Les rapports de forces ne sont pas exerces qu'aux niveaux national et politique. Dans le cadre intime de la famille et du couple, les elements de domination et d'oppression determinent souvent les relations humaines. En temoigne par exemple le roman de Ying Chen, Immobile, ou le protagoniste feminin, innomme, vit dans deux mondes, a deux epoques, dans deux societes differentes, celle du present et celle du passe, le dernier faisant pour ainsi dire partie integrante du premier. Son mari actuel, l'archeologue A., a beaucoup de mal a accepter l'influence de cette autre vie. Les renvois continus que fait sa femme aux evenements anterieurs l'irritent visiblement, mais il s'efforce de la changer. A. s'est donne pour tache de transformer son epouse en une jeune femme modele, elegante et sans complexes. Pour ce faire, il faut d'abord rayer de sa memoire son histoire, d'ailleurs fictive selon le mari. Son conseil: <<(...) essaie d'oublier ce qu'il faut oublier et de retenir ce qu'il faut retenir>> (83). Malgre le fait qu'il ne prend pas au serieux le poids de l'histoire, et qu'il affirme a plusieurs reprises que tout cela n'est qu'une invention, il se sent menace par les souvenirs. C'est que le mari se rend compte qu'il n'a pas epouse la femme qu'il croyait mais <<une etrangere a laquelle il ne s'attendait pas>> (82). Elle ne repond pas a l'image qu'il s'est faite d'elle et, au lieu de transformer cette image, il prefere l'imaginer malade et la conduit chez des psychiatres. Or, dans cette relation entre homme et femme, les souvenirs sont l'enjeu pour l'exercice du pouvoir. Si A. arrive a controler la memoire de sa femme, il arrivera egalement a la dominer. Sinon, sa vie bien organisee, son monde limpide et logique, seront petit a petit sapes par les chimeres des souvenirs de son epouse.

Dans le roman de Chen, la memoire constitute donc un element tres complexe qui, d'une part, relie les epoques, fait revivre l'histoire en l'elevant au-dessus des lois du temps, et qui, d'autre part, represente l'incontrolable, voire une maladie. La protagoniste elle-meme adopte une attitude ambigue envers ses souvenirs, dont elle a besoin pour survivre mais qui, en meme temps, rendent sa vie actuelle difficile:

Ma tete est donc mon enfer, et ma memoire, mon ennemie. (...) Ma pensee etant toujours double, ne pouvant malgre moi etre tout a fait actuelle, je prefere ne plus penser. Pour lui rester fidele. Pour guerir. (16)

Elle consent passivement a suivre une therapie <<pour ames deroutees>> (88), tout en ironisant sur les formes que prennent de nos jours les therapeutiques douces. La narratrice fait allusion au besoin des contemporains de son mari de se reconcilier avec soi-meme et avec ses ancetres au moyen de cette nouvelle religion, la meditation. Besoin aussi d'etre guide par un nouveau maitre, <<le promoteur de l'exercice magique>> (96). Recours a des moyens spirituels, cette recherche de la connaissance de soi semble etre inspiree par la tentative de fuir le monde exterieur, devenu hostile et incomprehensible. Les therapeutes et les medecins repondent habilement a cette maladie moderne en proposant des traitements alternatifs et en elaborant des theories nouvelles, qui n'ont d'ailleurs aucune influence sur la protagoniste d'Immobile.

Le narrateur d'Un Sourire blinde du Sergio Kokis s'attaque surtout aux pretendus psychanalystes qui, en proposant leur propre theorie, abusent des recherches de leurs precurseurs. La discussion entre plusieurs medecins qui se sont penches sur leur jeune patient muet, Conrado, est decrite d'une maniere particulierement frappante. Ils n'arrivent pas a se mettre d'accord, refusent de faire attention aux arguments mutuels, et sont finalement incapables d'aider l'enfant. Le cas le plus navrant est celui de la psychologue dont les idees racistes sont presentees comme suit:

Elle n'ecartait pas la possibilite d'une psychopathie sexuelle precoce associee, etant donne que les negres, disait-elle, ne respectent rien. Conrado possedait par ailleurs une intelligence non verbale normale; il etait meme tres intelligent, mais a la facon d'un chimpanze pourvu de l'hemisphere cerebral droit d'un etre humain. Un cas classique. (206)

En effet, l'aberration sexuelle constitue un grand probleme, celle des adultes bien entendu et non pas celle des enfants. Le protagoniste, qui a ete abandonne par ses parents, est mis dans des creches avant d'etre renvoye d'une famille adoptive a l'autre. Justement dans ces familles, les sevices ne font pas exception. L'une des raisons du mutisme de Conrado est fortement liee a la violence physique qu'il rencontre partout - le silence est un moyen d'eviter les coupsmais c'est dans les familles adoptives qu'il est temoin des actes de viol. Sans etre lui-meme viole, Conrado vit beaucoup de douloureuses ou des enfants sont soumis a des actes humiliants et indignes. Ce sont plutot les adultes qui ont besoin d'aide psychologique, car les parents de beaucoup de familles d'accueil expriment leurs propres problemes et traumatismes a travers leur attitude violente envers les enfants. Souvent, leur comportement est deplorable, et le roman manifeste donc une charge contre la politique familiale quebecoise qui semble etre tout a fait inefficace. Les hommes aussi bien que les femmes se rendent coupables de viol et ni la violence physique ni psychologique n'est evitee. La folie semble regner partout dans la societe en manque de respect et d'amour. Pour compenser leur malheur quotidien ainsi que leur malaise financier, des adultes s'adonnent a l'aide humanitaire remuneree: <<Ils avaient cru que ce serait rentable, que recevoir ces enfants publics serait une bonne facon de faire de l'argent pour s'en sortir>> (110). Le systeme echoue sur tous les fronts et l'enfant etranger en est la plus grande victime. Tout en se taisant, le protagoniste d'Un Sourire blinde traduit la solitude et l'alienation qui dominent une societe tout a fait disparate, se voulant neanmoins toujours homogene. Son silence lui permet de fuir dans son monde interieur, habite par des personnages animes, les <<compagnons de toujours>> auxquels il se fie. Ce sont les seuls etres qu'il trouve vraiment fideles. En nous presentant le monde extremement confus a travers les experiences d'un petit enfant, Kokis donne une image impitoyable du regard adulte sur les differences culturelles.(7)

Pareillement inspire par une perspective fataliste, Dany Laferriere adopte un style plus ironique dans Pays sans chapeau. Meme s'il avait atteint l'age adulte avant d'avoir quitte son pays natal, le narrateur de ce livre redevient enfant quand il y retourne apres une vingtaine d'annees pour <<parler d'Haiti en Haiti>> (11). Il se laisse entrainer par la cacophonie et l'energie caraibes en tapant sans cesse sur sa vieille machine a ecrire. Il desire <<redevenir un gosse de quatre ans>> (14). Contrairement a l'experience de Conrado, ce gosse-ci a vecu une enfance heureuse. Cette histoire d'un retour souligne les rapports affectueux entre mere et fils, symbolisant le lien qui rattache l'ecrivain a son pays d'origine:

Ma mere, elle ne quittera jamais son pays. Et si jamais elle le quitte, j'aurai l'impression qu'il n'y a plus de pays. J'identifie totalement ma mere avec le pays. Et elle est assise a cote de moi dans ce taxi qui file maintenant vers Martissant. Le torse bombe sous la douleur: ma mere, mon pays. (150)

Bien que, dans l'edition du Serpent a plumes, on ait attache l'etiquette <<roman>> a ce livre, le narrateur est indeniablement l'auteur lui-meme, presentant ses impressions du pays retrouve. Nostalgique et hautement personnel, ce texte relie les cultures nord et sud-americaines, parle de la magie des anciens dieux, mais se refere egalement a toute une tradition francaise a l'aide du souvenir involontaire proustien de l'odeur du cafe: <<J'approche la tasse fumante de mon nez. Toute mon enfance me monte a la tete.>> (21) Contrairement aux trois autres textes analyses dans cette partie, Pays sans chapeau se deroule entierement a Haiti.(8) Par consequent, la vie en exil fait partie des souvenirs de l'auteur et le Canada semble tres loin. Cette distance est parfaitement exprimee par la mere qui <<ne dit jamais Montreal. Elle dit toujours la-bas.>> (28) En meme temps, le refus de nommer l'inconnu, le lointain, accentue le caractere ferme de ceux qui n'ont jamais quitte le pays. Le besoin de se refermer sur soi-meme est symbolise par l'obsession de la tante Renee de fermer toutes les portes de la maison pour vivre dans un monde clos. C'est justement cet enfermement que l'auteur n'aurait pas pu supporter. <<L'horreur totale pour moi, ce serait d'etre oblige de vivre toute ma vie dans le meme pays>> (203), dit-il a l'un de ses amis d'autrefois qui, a son tour, ne comprend pas <<comment on peut vivre tout ce temps hors de son pays>> (204).

La conversation entre les deux amis est typique du style leger du livre ainsi que de sa structure flottante. C'est une ecriture inspiree par les sens, les sentiments et les rencontres. <<J'ecris tout ce que je vois, tout ce que j'entends, tout ce que je sens>> (13), annonce l'auteur des le debut du livre. Ainsi, les tableaux presentes ressemblent a des miniatures de la vie quotidienne, des images saisissantes des gens qui les habitent, exprimant leurs habitudes, leurs opinions et leurs sentiments. Pourtant, derriere cette simplicite se cachent des questions pertinentes sur l'exil, des reflexions sur les differences culturelles et sur l'importance de la langue.

La distinction centrale est celle entre le Nord et le Sud, entre l'Amerique des Blancs et l'Afrique des Noirs. Dans une conversation entre fils et mere, celle-ci presente la separation comme temporelle alors qu'elle est le plus souvent consideree comme territoriale. Sous la dictature de Duvalier, l'armee americaine a debarque pour occuper le pays, mais uniquement durant le jour, car l'armee des zombis sort la nuit. Le fils se moque de cette conviction de sa mere, qui ne fait que souligner tous les prejuges occidentaux sur les dangers de la nuit haitienne, dominee par le vaudou. En meme temps, la reaction de l'auteur montre dans quelle mesure il s'est elogine de la culture haitienne dans laquelle les pouvoirs surnaturels font partie integrante de la vie quotidienne. Le fils a adopte une perspective occidentale, celle des Blancs qui <<ne veulent croire qu'a ce qu'ils peuvent comprendre>> (57), comme le dit le cireur de chaussures, qui conseille d'ailleurs au protagoniste de quitter ce pays le plus vite possible.

La plupart du temps, l'auteur ne donne pas son avis, ne juge pas, il prend la position du porte-parole des gens qu'il rencontre. Le style du discours direct non seulement anime les conversations, mais donne aussi une voix au peuple. C'est une voix sincere qui, par exemple, ne cache point le mepris general pour les Americains, mepris fonde d'ailleurs en grande partie sur des idees toutes faites. En temoignent les propos suivants d'un psychiatre nomme Legrand Bijou: <<Tu sais comme ils sont, les Americains. Ils ont la foi facile et ils aiment le mystere>> (192). La plupart du temps, les personnages s'expriment en de telles generalites sur les differences entre la population indigene et les Blancs, representes surtout par les Americains. Ainsi, l'incompatibilite culturelle est a chaque fois soulignee, sans que, pour autant, le ton devienne defaitiste. Au contraire, la problematique sous-jacente, qui est loin d'etre gaie, va de pair avec beaucoup d'humour et un style relativement leger. L'effet en est bien sur double, le rire et la plaisanterie permettant de tenir tete a la realite de Port-au-Prince, une ville ressemblant a <<un grand cimetiere>> (103).

Les morts sont partout presents, la mort semble meme s'etre emparee des vivants. Les atrocites de la guerre et le poids de la tyrannie dictatoriale ont donne lieu a des histoires fantastiques, a des mythes. Telle l'histoire sur les habitants d'un village du nord-ouest d'Haiti, Bombardopolis, qui n'ont pas besoin de manger pour vivre. D'apres une equipe de chercheurs - venue de l'Occident pour etudier le phenomene! - ceci doit sa raison au fait que les habitants parlent <<le creole le plus pur d'Haiti>> (194). D'une part, cette histoire ridiculise les methodes scientifiques occidentales aussi bien que leurs executants, d'autre part, elle fait l'eloge de la langue creole en accentuant son role primordial dans la societe. Philippe, l'ami de l'auteur, a beau remarquer sur un ton sarcastique que <<dans moins de deux cents ans, le creole risque de devenir la langue universelle, ce qui reglerait par le fait meme le probleme de la faim>> (196), il ne peut pas tout a fait cacher le fait qu'il est fier de sa langue maternelle.

Le caractere indispensable de celle-ci est egalement apparent dans un cadre plus large, puisqu'elle permet d'exprimer des choses qu'on ne saurait pas dire dans une autre langue. C'est a cause de l'intimite que respire le creole que Laferriere se sent tout a fait dans son element: <<On n'est chez soi que dans la langue maternelle et dans son accent. (...) Parfois, ce n'est pas le sens qui compte, ce sont les mots memes pour leur musique, la sensualite qu'ils degagent.>> (204). La richesse et la creativite du langage haitien se traduisent dans les proverbes qui ont ete mis en exergue a tous les chapitres de Pays sans chapeau. Leur sens, qui reste souvent enigmatique, se rapporte a la sagesse populaire. En inserant ces aphorismes dans le texte francais, Laferriere essaie, a mon avis, de synthetiser deux traditions differentes, designant deux formes de communication qui, a leur tour, definissent deux formes de societe: la tradition orale et la tradition ecrite. Son histoire personnelle a ete influencee par les deux, mais c'est en creole qu'il se sent chez lui.

Le retour au pays est, tout d'abord, la reconnaissance des odeurs, des sons, de l'atmosphere et de la chaleur: <<Exactement comme dans mes memoires>> (17), soupire l'auteur a son arrivee. Mais, au fil des jours, il se rend compte que bien des choses ont change pendant son absence et que, de facon plus importante peut-etre, les vingt ans d'exil ont laisse leurs traces dans sa personnalite de sorte qu'il <<ne comprend plus les choses les plus elementaires>> (115). Pendant ses premieres annees d'exil a Montreal, il revait d'Haiti toutes les nuits. Il pensait a sa mere, qui avait traite son fils en prince, pour survivre dans ce pays inconnu ou les autres ne le consideraient <<qu'un Negre de plus>> (105). Maintenant, il a l'air d'etre etranger dans son pays d'origine. D'apres Philippe, il a toujours vu les choses differemment et Laferriere de souligner qu'il serait parti meme s'il n'y avait pas eu de dictature. Le voyage, l'errance font partie integrante de sa maniere de vivre. L'exil lui a toujours paru plus attirant qu'effrayant. La question relevee lors d'un debat a la radio - <<Faut-il considerer les gens qui ont vecu trop longtemps a l'etranger comme des Haitiens?>> (212) - n'est pas explicitement elaboree dans ce roman-ci, mais il s'agit bien d'une problematique tres concrete a laquelle se voit confronte un grand nombre d'exiles. Dans Le Bonheur a la queue glissante, il semble que l'immigrant ne perdra jamais son statut d'etranger. L'heroine, Dounia, qui a ete triplement exilee, se sent etrangere des son mariage. Elle doit quitter son village pour aller vivre dans celui de son mari. Son accent est different de celui des villageois, le paysage est different, les fruits et les legumes n'ont pas le meme gout. Le deuxieme exil, celui au Canada, entraine des changements encore plus grands, car elle ne comprend rien a la langue et elle est stupefaite de la difference des habitudes. Apres avoir vecu une quinzaine d'annees au Quebec, la famille rentre au Liban pour s'installer a Beyrouth. Dans cette ville, Dounia se sent aussi bien etrangere. Bien que la langue n'y constitue pas un obstacle et qu'elle y soit plus independante, elle ne peut plus s'habituer aux coutumes de la societe libanaise. De plus, elle ne se sent aucun lien d'amitie avec les gens qu'elle rencontre et sa famille habite depuis longtemps en Argentine. Peu a peu, ses enfants aussi quittent le pays d'origine pour s'installer dans des continents differents, mais la guerre, qui eclate au Liban et qui force les gens a fuir encore une fois, reunit la famille: ils se retrouvent finalement au Quebec.

A cause de cette vie d'errance, Dounia est partout consideree comme autre, comme etrangere, ce qui se reflete dans les noms qu'on lui donne a elle et a sa famille:

Au Liban, on nous appelait <<les Americains>>; au Canada, les premieres annees, on nous appelait <<les Syriens>>; au village de mon mari, on m'appelait par le nom de mon village. Quand j'y pense, je n'ai ete appelee Dounia que dans mon village natal (...). (115)

Leur identite est loin d'etre fixe, ils n'ont pas de pays a eux. C'est justement le sentiment d'etre minoritaires et marginalises qui pourrait neanmoins etablir un rapport entre les immigrants et les Quebecois. Cette perspective est exprimee par le fils aine Abdallah. Dans une discussion concernant la separation du Quebec, il essaie de convaincre son pere du desir du peuple quebecois <<d'avoir leur propre maison>> (51), d'obtenir ce que les immigrants ont perdu, un pays. Le pere, qui est contre l'independance, souligne l'intolerance des francophones au moment ou les immigres sont arrives. Bien qu'il ait envoye ses enfants a l'ecole francaise - contre l'avis d'autres Libanais - il a ete condamne pour avoir adhere a une autre religion. Malgre les analogies entre les deux peuples, soulevees par le fils, le pere est convaincu que l'un sera toujours plus etranger que l'autre. Le fils admet qu'il ne se sentirait probablement pas moins etranger dans un Quebec independant mais, dit-il:

(...) je saurai au moins qui veut me garder etranger! A present, je me sens etranger avec des gens qui se sentent eux-memes des etrangers, assis entre deux chaises, ils sont eux-memes sur la defensive, c'est plus dur. (51)

Cette conversation resume en un mot les differents sentiments d'inferiorite profondement enracines dans la province. Meme s'il n'y a pas de solution immediate, il n'est pas impossible que l'independance du Quebec soit favorable a la situation des exiles ainsi qu'aux rapports entre francophones et allophones. Cette dispute entre pere et fils montre a quel point l'attitude a change d'une generation a l'autre. Dans une telle societe mobile, les manifestations culturelles non seulement refletent les transformations mais les influencent aussi. Les oeuvres des auteurs allophones contribuent au debat a l'echelle nationale en presentant une image differente de la societe. Elles adoptent une perspective critique qui n'evite point les problemes epineux. Au contraire, elles mettent generalement le doigt sur la plaie.

La resistance passive sous forme de silence, le rappel des souvenirs, bien que souvent douloureux, le recours a un monde fictif pour remedier a une realite trop hostile, tous constituent des moyens dont se servent beaucoup de personnages romanesques afin de donner un contenu personnel a leur statut d'etranger. Et ce faisant, ils mettent en contact passe et present, terre d'origine et nouveau pays, culture authentique et culture adoptee. En donnant une voix a des protagonistes souvent doublement marginalises - les enfants, les femmes et les personnes agees - les auteurs allophones creent une litterature de transition qui entre en dialogue avec la tradition quebecoise. Le point de vue pluriculturel incite a une reflexion sur les origines de cette tradition, origines determinees justement par des changements radicaux et bouleversants. Le pluriculturalisme souligne les ressemblances aussi bien que les distinctions, le poids de l'histoire et le besoin de la memoire. Finalement, les contrastes ne sont peut-etre pas vraiment infranchissables, l'etranger n'est pas tellement autre lorsqu'on prend conscience du fait que:

Quand a on s'habitue a la difference, ce n'est plus une difference.

(Le Bonheur a la queue glissante, 131)

Notes

1. Voir p.8 du texte publie de cette conference.

2. Aquin, Hubert, Blocs erratiques, 1977, p. 141, 81.

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(1) Voir Laignel-Lavastine, A., <<Les Identites eclatees de Regine Robin>> in Le Monde des livres, 19 mars 1999.

(2) Voir par exemple Christl Verduyn dans son article <<Perspectives critiques dans des productions litteraires migrantes au feminin, au Quebec et au Canada>> (1996), elle insiste sur le fait que langue et la representation ne sont jamais neutres.

(3) Dans Le Figuier enchante, 1993, p. 115.

(4) C.f. Jonassaint, J., pour le terme de <<plurilinguicite>>, 1996, p. 12.

(5) C.f. Moisan, C., <<Le phenomene de la poesie dans le Quebec contemporain (1945-1970)>> 1976, p. 223).

(6) Voir note 7.

(7) Voir l'article de Lucie Lequin, <<Dans le silence entre les mots, l'inedit prend forme>>, 1996, pour la representation de l'enfant dans l'ecriture migrante.

(8) Voir aussi Mille eaux, ecrit egalement par un auteur haitien.

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